Aspects spatio-temporels de la migration
dans Les Lettres Chinoises de Ying Chen
Les Lettres Chinoises (1993) de Ying Chen, écrivaine migrante de Shanghai à Montréal, est un roman épistolaire rassemblant la correspondance échangée entre trois personnages. Parmi ceux-ci, nous retrouvons Sassa qui se trouve à Shanghai et se prépare à émigrer à Montréal et les deux autres, Yuan et Da Li, qui résident à Montréal, immigrés de Shanghai. Dans leurs lettres, on peut trouver les caractéristiques spatio-temporelles de la migration. Au premier abord, on notera un certain contraste entre les deux espaces, Shanghai et Montréal, contraste dans lequel l'extension des deux espaces se modifie selon les mentalités des personnages changeantes selon les situations. La frontière nationale consignée sur le passeport s'inscrit dans la conscience du sujet migrant, étant la frontière positive de l'espace en vigueur, en intervenant sur le processus de l'immigration par le droit et l'institution. Ensuite, la représentation de l'espace se relie avec celle du temps. Shanghai est représentée comme un espace du passé, Montréal comme un espace du présent. Pour Yuan, Shanghai ou l'espace du passé ne peut se présenter que sous la forme de la reconstruction via une évocation postérieure, ce qui engendre une distance entre Shanghai et lui. Et puis les changements de cette même ville accroissent cet éloignement. Pour confirmer et maintenir le lien avec Shanghai, Yuan se remémore les souvenirs qu'il en a. Cet écart est clairement indiqué par le personnage de Sassa qui reste à Shanghai et que Yuan assimile à cette ville et au passé. Cette œuvre montre, sous une forme des lettres entre les personnages disposés simultanément sur les deux espaces temporels, le rapport entre Shanghai et Montréal, soit entre le passé et le présent, rapport qui est altérée par l'événement significatif qu'est la migration. Les Lettres Chinoises qui présentent bien les caractéristiques de l'espace temporel de la migration, en tant qu' «écriture migrante» pose la question de la migration et de l'identité schizophrénique des migrants dans la société québécoise.
Ecrit en 2007.